Chap I : l'air qu'on respire en ville.

Les villes ne sont pas à égalité concernant l'impact des émissions de pollution. Le climat, la topographie, l'urbanisme jouent un grand rôle dans la dispersion des polluants. Les conditions anticycloniques sont les plus favorables à la concentration des polluants.

Les transports sont aujourd'hui la principale source de pollution urbaine. D'indéniables progrès techniques ont été effectués en matière d'émission de pollution automobile. Entre 1970 et 1993, la réduction a été d'un facteur de 20 à 30 par véhicule et par an pour les hydrocarbures imbrulés et les oxydes d'azote. Mais dans le même temps le parc automobile français a doublé. Depuis 1980, on observe en fait une augmentation des principaux polluants émis par les transport :S02 (+23%), Oxyde d'azote (+27%) et poussières.

Chap II La pollution atmosphérique

La pollution est définie par les effets nuisibles de substances introduites dans l'atmosphère par l'homme.

On distingue les polluants primaires qui sont produits tels quels par les sources de pollution et les polluants secondaires qui résultent de la transformation de substances issues des sources.

Les polluants sont de nature très diverses, il se trouvent le plus souvent en très petites proportions dans l'air : quelques ppm ou quelques micro gramme par mètre cube.

Le SO2 est la trace la plus caractéristique des combustibles fossiles. Il a fortement diminué suite à la désindustrialisation des villes. Le chauffage urbain, les usines d'incinération et la circulation automobile ont pris à un moindre niveau le relais des émissions industrielles de fumée noire. D'autres polluants sont apparus comme ceux générés par les usines d'incinération.

L'ozone des basses couches de l'atmosphère a été mutiplié par 5 depuis 1874. Cet accroissement s'est accéléré ces deux dernière décennies. Ce qui reflète l'augmentation des précurseurs de ce polluant secondaire : CO, CH4, composés organiques volatils, NO. La concentration en ozone atteint 40 à 50 micro grammes avec des pointes à 200 ou 300 durant l'été.

Les polluants d'intérieurs peuvent être dus aux cheminées, chauffages, cuisinières à gaz, matériaux de construction ou de bricolage, au tabac et aux acariens. La pollution intérieure peut être renforcée par une aération insuffisante. Cette pollution intérieure étant très diverse, il est difficile de la mesurer et de l'évaluer.

Chap III : La pollution atmosphérique et la santé

Dans les années 50-60, il était facile de mettre en évidence l'action sur la santé de la pollution de l'air. Ainsi, exemple le plus frappant, à Londres, en décembre 1952, les teneurs en SO2 et en fumées noires ont dépassé 4000 micro gramme et on a enregistré 4000 décés excédentaires ! Des événements similaires ont aussi eu lieu dans d'autres villes, y compris à Paris. Le S02 a depuis considérablement chuté (17mg à Paris en moyenne annuelle en 1997).

On peut faire le tour des effets des principaux polluants sur la santé.

Les particules fines, en deçà de 10 microns, pénètrent d'autant plus dans les poumons que leur diamètre est petit. Leur toxicité dépend de leur origine. Elles créent des irritations, accroissent la sensibilité aux allergies, diminuent les défenses contre l'infection, et pourraient favoriser des cancers.

L'ozone est un irritant des yeux de la gorges et des bronches.

Le SO2 est un irritant pour les bronches, mais comme il est soluble dans l'eau il ne parvient pas au plus profond des poumons.

Le N02 est lui peu soluble et peut atteindre les alvéoles, il est oxydant et irritant.

Les hydrocarbures peuvent se fixer sur les particules, et les plus volatils se retrouvent sous forme de gaz dans l'air.

Le CO est le polluant le plus toxique. Il asphyxie. C'est la 1er cause d'accident domestique en France. (241 cas de décès et 4222 cas d'intoxications pour Paris et sa proche couronne en 10 ans).

Il est cependant probable que le mélange des polluants a un effet plus néfaste que la simple addition des effets individuels.

Les études épidémiologiques analysent les relations entre la pollution et des indicateurs de santé d'une population comme la mortalité ou les consultations de services médicaux. La plupart des études se sont interessées aux effets à court terme.

Seules les personnes vulnérables sont incommodées à court terme. Ces personnes se trouvent plutôt chez les jeunes enfants ou à l'opposé chez les personnes âgées. Quelques professions peuvent aussi être plus exposées à la pollution.

Les études montrent un effet sur la mortalité à court terme faible mais significatif : augmentation de la mortalité quotidienne de 2% pour une augmentation de 50 micro gramme/m3 des polluants acido particulaires.

Des études ont peut conclure qu'environ 900 personnes décèdent chaque année en France dans les villes de plus de 250 000 habitants en liaison avec leur exposition récente aux particules automobiles.

Étudier les impacts à long terme est plus difficile. Des chercheurs en France, Autriche et Italie, ont, en transposant des résultats de recherches effectuées aux USA, estimé à 6% la mortalité annuelle attribuable à la pollution atmosphérique, soit 40 000 cas annuels pour les 3 pays. La moitié serait imputable à l'automobile. La pollution automobile serait aussi responsable de 25 000 nouveaux cas de bronchites chroniques et de 500 000 crises d'asthme.

Un chercheur néerlandais fait état d'un gain d'un an d'espérance de vie en moins pour 10 micro gramme de particule fine en moins.

Chap IV L'étude des risque sanitaires : l'épidémiologie

En matière de pollution de l'air, les études épidémiolgique restent la seule façon d'évaluer les risques sanitaires.

La comparaison de populations soumises à des niveaux différents de pollution est un des procédés des études épidémiologiques. Cependant il est difficile de trouver des populations comparables soumises à un taux de pollution différent. Il est aussi difficile de pouvoir comparer polluant par polluant car en général ceux si sont mélangés. Les maladies provoquées par les polluants peuvent aussi être provoqués par d'autre causes, en général, il y a conjonction de causes. Les études doivent donc être très fines. Un autre procédé d'étude consite à étudier une même population soumise à des taux de pollution variant dans le temps. Des études plus coûteuses peuvent suivre des cohortes d'individus sur un temps assez long.

On parle de risque relatif, pour désigner le risque de maladie qu'encourt une population exposée à un facteur par rapport à une autre qui ne l'est pas. Le risque relatif que prennent les fumeurs à l'égard du cancer des bronches est 10 à 20 fois celui des non fumeurs. En matière de pollution atmosphérique, les risques relatifs actuellement observés de déclencher une maladie sont en général de 2 entre des individus vivant dans une pollution atmosphérique forte et ceux qui vivent dans une ambiance peu polluées. (p116)

La gravité d'un risque dépend de la valeur du risque relatif, de la valeur du risque de base et de la population concernée. Or les maladies : asthmes, bronchites chroniques, maladies coronariennes sont fréquentes dans la population et la population exposée est importante.

Un épidémiologiste américain Frederick Lipfert, a montré qu'une pollution particulaire d'un niveau moyen de 50 micro grammes provoquait autant de conséquence sanitaire que les accidents de la vie quotidienne. Appliqué a la population française ce serait 20 000 décès annuels.

Les connaissances actuelles montrent qu'il n'y pas de seuils de concentration de pollution en deçà desquels les risques seraient nuls. Toutes les études montrent qu'un risque existe. Ce risque est faible : 5% de mortalité en plus dans un délai de 0 à 3 jours pour une augmentation de 100 micro gramme des polluants acido-particulaire. Mais il concerne toutes les populations urbaines. Ainsi l'OMS estime que 14 millions d'Européens ont une fonction pulmonaire diminuée d'au moins 5% en raison de la pollution atmosphérique urbaine (p131).

Chapitre V Surveiller la qualité de l'air

La qualité de l'air est de la responsabilité de l'État. Un contrôle de l'installation des industries polluantes a été réalisé depuis le début du XIXème siècle grâce au régime des installations classées. Des lois en 1932 et 1961 contre les pollutions atmosphériques ont été promulguées mais n'ont eut que peu d'impact.

Créé en 1958, L'APPA (Association pour la Prévention de la Pollution Atmosphérique) a mis en place des réseaux de mesure des polluants atmosphériques.

Les association de surveillance de la qualité de l'air ont une organisation quadripartite: Etat, collectivités locales, industriels, associations. Pour communiquer leur chiffres au public, les réseaux diffusent un indice ATMO qui est un chiffre compris entre 1 et 10. Pour chaque polluant, on fait le ratio entre le niveau de pollution et la valeurs limite à ne pas dépasser. Le niveau le plus dévaforable de tout les polluants est retenu.

La législation française a précisé pour chacun des principaux polluants mesurées trois seuils de concentration : Un seuil de d'objectif de qualité, un seuil limite à ne pas dépasser, et un seuil d'alerte/information.

Il existe aussi des normes d'émission qui s'appliquent à chaque source individuelle de pollution. Des normes de procédés, ou obligation de moyens et des normes de produits : qualité des produits.

Ces normes reflètent un arbitrage politique compte tenu des connaissances et possibilité du moment. Elles ne sont que des indicateurs puisqu'il n'est pas possible de définir des seuils en dessous desquels la pollution n'aurait pas d'effet sanitaire.

Les procédures d'alerte sont héritières des pollutions historiques d'origine industrielle. On pouvait alors, prévoir et prévenir les pics de pollution. Cependant, aujourd'hui, ces alertes ont perdu de leur interêt alors que prédomine la pollution diffuse due au transport. Les niveaux atteint sont bien moindre qu'avant. Il s'agit de pseudo pics. Les mesures de restriction de la circulation n'ont qu'un effet limité. La pertinence de ces alertes est douteuse, particulièrement pour l'ozone qui affecte de large zone géographique.

Les réseaux d'analyseurs donnent un image plus ou moins flous de la qualité de l'air. D'autres méthodes doivent être mise en oeuvre. Des appareils portables peuvent mesurer la quantité de polluants respirés par un individu. On peut aussi compléter par la bioindication.

Chapitre VI : Pour une ville durable

La lutte contre la pollution de l'air en ville est au croisement des politiques de santé, de transport, d'énergie d'environnement et d'habitat.(p177)

Aujourd'hui, les citoyens sont plus exigents en matière de santé et de qualité de vie. Le concept de ville durable est né.

Ce souci de ville durable nécessite plus de transversalité dans les décisions. Aux acteurs traditionnels : municipalité, DRIRE, préfecture doivent s'ajouter les acteurs associatifs.

La LAURE (Loi sur l'air et sur l'utilisation rationnelle de l'énergie) de 1996 met en place les outils nécessaires pour cette politique. Elle est préventive, mettant l'accent sur des dispositifs en amont en matière d'urbanisme, de transport, de motorisation pour éviter les émissions polluantes.

Elle associe à cette effort l'ensemble des acteurs : État, collectivités locales, personnes privées.

La LAURE impose les plans de déplacement urbain (PDU), les plans de protection de l'atmosphère (PPA) et les plans régionaux de la qualité de l'air (PRQA). Les PDU sont élaborés par les collectivités avec la consultation des habitants sous forme associative.

Ces plans doivent être coordonnés et imposent leur décision dans les autres documents d'urbanisme. La LAURE impose une nouvelle gouvernance qui "serait non pas l'art de faire fonctionner des procédures mais l'art de concevoir et de faire vivre des processus collectifs d'élaboration des réponses pertinentes aux défis de la société."

Faire une une ville plus sobre en énergie et donc moins émettrice de polluant nécessite un aménagement urbain volontariste faisant le choix de la ville renouvelée plutôt que s'étendant infiniment. Cette tendance est difficile à inverser sans des incitations fiscales permettant de lutter contre le moindre coût des installations périphériques.

Cette ville durable va également dans le sens de la diminution des émission de C02, gaz à effet de serre impactant le climat de la planète.

Les industries doivent faire l'objet d'emplacement réduisant leur impact sur les habitants.

Des recherches permettront de concilier salubrité de l'air des bâtiments et économies d'énergie.

L'attractivité des solutions de transports alternatifs à la voiture doit être renforcée.

Les véhicules doivent tendre vers moins de pollution grâce à leur motorisation ou leur dispositif d'échappement, ou par l'amélioration du carburant : GPL, GNV, essence reformulée (introduite avec succès en Californie en 1995).

La prévention doit aussi passer par une large information du public (permettant de l'éclairer dans les domaines de la consommation, de sa santé et de la politique).

Les collectivités locales devraient jouer un rôle essentiel dans ce développement.

Conclusion

Le livre s'achève sur quelques chiffres permettant dévaluer l'impact financier de la pollution urbaine. Par exemple en Ile de france, on a estimé à 660 millions de francs par micro gramme/m3 l'impact à long terme de la pollution des particules.

(1) William Dab est Médecin épidémilogiste, enseignant, président du Conseil scientifique de programme de recherche pour une meilleure qualité de l'air et ancien délégué général de l'APPA.

(2) Isabelle Roussel est professeur émérite à l'université de Lille-I et présidente du Comité régional Nord-Pas-de-Calais de l'APPA.

"L'air est la ville" est paru en avril 2001 aux editions Hachette Littérature, 219p.