Quelques grandes critiques de fond permettent à l'auteur de réfuter les études montrant que la Terre serait trop peuplée :

- La confusion des échelles d'observation : on extrapole à grande échelle des phénomènes constatés à petite échelle, alors que l'analyse montre que ceux-ci ne sont plus pertinents à grande échelle.

- On transpose les méthodes d'un domaine scientifique à un autre. Un biologiste recourra aux méthodes des sciences physiques en science sociale. On prend pour acquis des résultats qui sont encore l'objet de débat entre spécialistes de la science d'origine.

- On confond le tout et la partie. On fait comme-ci un phénomène constaté à un endroit donné ou dans un temps donné, était partout le même, et invariant dans le temps.

- On utilise un nombre sorti d'on ne sait où pour appuyer un raisonnement, alors que l'analyse montre que l'obtention de ce nombre est tout tout bonnement impossible.

Une grande partie du livre s'attache à décrire et à critiquer des expériences de biologie de laboratoire sur les effets de la surpopulation dans le monde animal. Il est particulièrement convaincant sur les erreurs de raisonnements des auteurs de ces expériences et encore plus sur le manque de pertinence à transposer le résultat de ces expériences aux sociétés humaines.

Deux sujets beaucoup plus à controverses sont abordés en début du livre : la couche d'ozone, et le réchauffement climatique.

Fallait-il lutter contre la réduction de la couche d'ozone ?

Hervé le Bras fait observer que les conditions de formation du trou : CFC, température inférieure à 80°c et rayonnement solaire propice à dissocier les molécules de Cl2, n'existent pratiquement qu'au pôle sud pendant une courte période du mois d'octobre. Le trou se résorbe en cours d'année, le manque d'ozone se dilue sur la planète et l'amincissement de la couche d'ozone ne dépasse pas 3% sur l'ensemble de la planète, et au maximum ce chiffre ne pourrait pas dépasser 6%. Ce qui augmenterait le rayonnement de 12%. En supposant que tous les cancers de la peau sont causés par le rayonnement et que leur incidence est proportionnel à ce rayonnement, Hervé le Bras montre qu'on aurait au grand maximum 720 décès supplémentaires aux USA et 100 en France. Ce qui est beaucoup moins que les chiffres avancés par l'Académie des Sciences américaines (300 à 400 000 cancers de la peau/an !), le World Ressources Institute (240 000 cancers supplémentaire (alors que 12% des 14 000 cas annuels recensés donnent 1680 cas supplémentaires), Worldwatch institute (4000 décès /an). En fait, ces organismes confondent tous les types de cancers de la peau quelle que soit leur dangerosité. La recette pour diminuer le nombre de cas de mélanome est beaucoup plus simple et beaucoup plus efficace que de réduire les CFC : c'est de moins s'exposer au soleil !

L'effet de serre : une affaire de réduction des cultures sur brûlis et de gaspillage des pays très développés

La solution pour réduire l'effet de serre est de réduire les gaspillages des consommateurs des pays très développés et réduire les cultures sur brûlis dans les pays peu développés. En fait, on voit que ces gaspillages ont lieu dans les pays de faible densité démographique : par exemples les USA pour les gaspillages et le Brésil pour les cultures sur brûlis.

Hervé le Bras montre que l'effet de serre n'est pas un problème démographique mais plutôt technique et de mode de vie.

Ainsi, l'accroissement de l'efficacité énergétique fait que pour un même service on consomme moins d'énergie. En 1970 avec un litre d'essence on parcourait 14km en auto contre 25 en 1990.(p100)

Il cite l'exemple de la Suisse et des USA, dont les habitants ont un niveau de vie comparable mais n'ont pas du tout la même émission de gaz à effet de serre. La production de l'électricité par des moyens peu générateur d'effet de serre en Suisse : hydraulique et nucléaire n'explique par tout. En fait un suisse consomme beaucoup moins d'énergie qu'un américain. Les grands espaces américains suscitent une insouciance quand à l'utilisation de l'espace : grands bureaux, grandes habitations qui au final est énergétivore.

Et avec le recul de 10 ans Hervé le Bras a t-il eu raison ?

Je me bornerai à traiter du cas de la couche d'ozone.

Il faut observer que de 1980 à 2000 le nombre de mélanome de la peau en France a presque triplé pour les femmes (augmentation de 182%) et quadruplé pour les hommes (augmentation de 294%) (source: Sciences&Vie n°1041- Juin 2004 - p49). On peut avancer comme causes de ce quadruplement, le plus grand nombre de personnes se bronzant sur les plages ou sous des lampes à bronzer, l'augmentation et le vieillissement de la population. Le nombre de décès est estimé à 1364 pour l'an 2000. Si on refait le cacul d'hervé le Bras avec ce nouveau chiffre à savoir 12% d'augmentation à cause d'un trou d'ozone atteignant son maximum, on obtient 163 décès supplémentaires au lieu des 100 que donnait Hervé le Bras.

Autre observation, le trou dans la couche d'ozone en antartique s'est fortement accentué depuis le début des années 90. Son amplitude spatiale a doublé de taille, et il peut maintenant s'étaler de septembre à novembre. En fait, malgré l'interdiction des CFC, ceux-ci, qui sont très stables n'ont encore que peu diminué dans la trosposphère. Cependant il est vrai que le phénomène peut varier énormément d'une année sur l'autre.

On voit donc que les chiffres qu'Hervé le Bras donnait en 1994 comme un grand maxima, sont maintenant bien possible. La population qui s'expose au rayonement s'est accrue, et va vraisemblablement continuer à croitre avec l'amélioration du niveau de vie.

Quand à l'argument financier d'Hervé le Bras : coût de la substitution des CFC et des mesures de surveillance de l'ozone, ne peut t-on pas lui opposer ce que seraient pret à payer les millions d'adeptes du bronzage sur la plage pour ne pas voir leurs risques de cancers de la peau augmenter de 12% ? (Meme si actuellement l'occurence du mélanome de la peau est encore faible par rapport au nombre total de cancers : 7223 cas sur un total de 278 253 cas de cancers estimés en France par l'InVS en 2000 soit 2,6% des cas).

"Les limites de la planète, Mythes de la nature et de la population" est paru en mai 1994 aux éditions Flammarion, 349p..